Publié par L’équipe Fonda le 7 octobre 2008

Associations et Entreprises - Note exploratoire mai 07

Cette note est le résultat d’un premier groupe de travail de la Fonda dont l’objet était de tenter de sérier les enjeux de la collaboration entre les associations et les entreprises. Ce travail exploratoire a servi de base pour la préparation du Forum du mois d’octobre 2007 sur la contribution économique des associations et pour le lancement d’un nouveau groupe de travail sur ce thème.
PDF - 126.2 ko
Note exploratoire

Associations et Entreprises

Note exploratoire

Mai 2007

Introduction – Rappel du contexte

La Fonda a conduit de nombreux travaux, depuis sa création en 1981, sur les relations entre les associations et les pouvoirs publics. De même, elle a conduit aussi des analyses et des recherches nombreuses sur l’activité des associations et les moyens d’articuler les contraintes de la gestion avec la conduite d’un projet non lucratif, qui se caractérise par la poursuite d’un objet qui n’est pas uniquement économique.
Jusqu’à ce jour, la question du rapport entre le secteur associatif et les entreprises n’avait pas fait l’objet d’une réflexion approfondie sauf sur quelques aspects restreints comme par exemple la promotion du mécénat.

Mais aujourd’hui, il nous semble nécessaire d’ouvrir la réflexion compte tenu du formidable développement des pratiques en matière de collaborations entre associations et entreprises, mais aussi des difficultés qu’elles génèrent. De même, la mutation de l’économie française, de manière générale, et de l’environnement associatif plus particulièrement, a progressivement posé avec plus d’acuité la question des rapports entre deux acteurs dont les rapports vont incontestablement être de plus en plus fréquents dans les prochaines années.

Un contexte économique marqué par la dérégulation qui ouvre de nouveaux espaces d’intervention associative

Une économie où l’intervention de l’État se réduit

L’économie française a connu, en 30 ans, de profondes mutations caractérisées, notamment par le retrait progressif de l’État. Il était celui qui définissait largement l’orientation de l’économie par le biais d’outils de politiques conjoncturelles et structurelles importants, en réglementant les conditions des échanges économiques ou encore en intervenant directement en tant qu’agents industriels ou bancaires. Cette forme d’emprise s’est progressivement réduite. Nous avons ainsi connu : l’abandon du contrôle des prix, la privatisation de larges pans de notre économie (notamment dans les secteurs bancaire et de l’assurance), la déréglementation des marchés financiers et leur forte ouverture internationale, l’ouverture croissante à l’extérieur des marchés … La mise en place de l’Euro et de la Banque centrale européenne a enlevé à l’État un de ses derniers instruments d’intervention conjoncturelle sur l’économie à travers la politique monétaire. Aujourd’hui, l’intervention économique publique repose pour l’essentiel sur la politique budgétaire, encadrée par le pacte de stabilité et de croissance, et les interventions structurelles. L’État peut aussi intervenir par l’intermédiaire de la réglementation, dans la mesure où les textes adoptés respectent la législation européenne et ne viennent pas limiter la concurrence. Concomitamment, l’ouverture des marchés sous l’effet de la mondialisation rend l’intervention étatique moins efficace. Ceci légitime d’ailleurs la place croissante de l’Union Européenne dans ce champ.

L’explosion des nouvelles technologies et du transport rend les capitaux et la main d’œuvre totalement mobiles. Elle n’est plus envisagée comme un travailleur pouvant se déplacer (volontairement ou non) mais comme un instrument substituable. De même, l’ouverture de nouveaux espaces de consommation et de production est tout à la fois la source de nouvelles richesses mais conduit aussi indubitablement à la mise en tension des modèles sociaux, voire sociétaux occidentaux.

Un état providence qui a favorisé le développement de l’activité économique des associations mais qui semble à bout de souffle

Sur la même période, la crise économique a eu d’importantes conséquences sociales. En cherchant des solutions, c’est tout naturellement que les pouvoirs publics se sont tournés vers le secteur associatif et l’initiative citoyenne pour identifier les besoins sociaux émergents et construire des réponses. Les spécificités méritoires des associations ont été convoquées pour permettre innovation et individualisation de l’action publique. Ceci a constitué un formidable moteur de développement de l’activité économique des associations qui par la mobilisation des fonds publics ont développé services et emplois. L’apparition de fortes contraintes sur les finances publiques freinent progressivement ce développement associatif. Cette forte croissance fut aussi portée par la forte demande de services relationnels. Parallèlement, nous avons assisté à une augmentation de la pression concurrentielle sur certaines activités associatives.

A l’heure actuelle, nous pouvons sans peine affirmer que le développement du secteur associatif reposera essentiellement sur sa capacité à trouver de nouvelles ressources volontaires ou monétaires en dehors du champ d’un état providence à bout de souffle, et dont les perspectives d’évolution sont largement inférieures au taux de croissance de l’économie compte tenu des déficits publics et du niveau d’endettement. Il n’est donc pas étonnant que ce soit précisément dans cette période que les tensions les plus fortes apparaissent entre les associations et les entreprises, notamment sur le motif d’une éventuelle concurrence déloyale.

Ceci signifie que la traduction de l’initiative citoyenne dans le champ économique passera de plus en plus par le recours à des financements privés ou au minimum par une mixité plus importante de fonds privés et publics.

Un nouveau modèle économique qui pose la question de l’articulation entre société civile et activité économique

Quelles conséquences ces évolutions ont-elles ? Nous sommes « au cœur de métier » de la Fonda consistant à identifier les enjeux prospectifs pour le mouvement associatif des mutations politiques et socio-économiques de notre société. La transformation la plus importante porte sur la façon dont sont pris en compte des enjeux d’intérêt général dans les conditions de l’échange, qu’ils soient sociaux ou environnementaux. Pendant très longtemps, ce fut l’apanage de la régulation publique et/ou du dialogue social. La société civile, dans sa fonction tribunicienne, revendiquait des adaptations des conditions de l’échange pour prendre en compte ces intérêts collectifs et de long terme par la médiation de l’État.

Or aujourd’hui, nous constatons l’incapacité de l’État à réguler l’économie et à l’orienter. Cela pose à la société civile la question de ses moyens d’intervention. Elle est confrontée à la nécessité de peser directement au cœur du « marché » pour mettre en tension les enjeux économiques avec ceux qui s’expriment à travers l’engagement citoyen. Dès lors, il est incontestable que cela implique pour le monde associatif, dans la mesure où il constitue une des voix d’expression organisée et collective du corps social, d’interroger ses modes d’intervention. L’abri de l’État et sa médiation pour imposer des régulations devient inefficace.

Considérant le caractère décentralisé par nature du « marché » (où des multiplicités de producteurs offrent des biens et services à une multitude de consommateurs), il faut imaginer de nouvelles modalités d’actions et de nouvelles alliances.

En ce qui concerne les entreprises, cette articulation nouvelle recèle aussi des enjeux forts. Confrontées à une compétition économique de plus en plus forte, les entreprises sont contraintes par l’obtention de résultats financiers à court terme, au risque d’hypothéquer leur développement futur. L’échange, voire la friction, avec le secteur associatif peut devenir un outil d’appréciation des évolutions sociales en cours et donc sans doute de la demande à moyen et long terme. Le partenariat avec le secteur associatif peut devenir un réel investissement en intelligence économique, sous réserve qu’il soit posé sur les bonnes bases.

Il est aussi évident que la capacité des associations à susciter et renforcer la cohésion sociale et territoriale peut créer un environnement favorable à l’activité économique.

Pour avancer, il apparaît évident que le renforcement de la capacité des associations sur ce sujet ne suffit pas. Il faut aussi convaincre les acteurs économiques traditionnels (entreprises et leurs représentants, syndicats, consommateurs …) de l’intérêt sociétal mais aussi « économique » de cette intervention. Le fait associatif est un élément central de l’équilibre et du développement économique par la capacité à favoriser la cohésion sociale sur les territoires, mais aussi à identifier de nouveaux besoins …

Les transformations des modes de production révèlent de nouveaux enjeux de l’engagement associatif

Même si depuis longtemps l’engagement associatif a constitué pour nombre d’employeurs un critère d’évaluation des salariés, à recruter ou en poste, nous pouvons constater depuis quelques années que cette question revêt un intérêt particulier. Les compétences acquises par l’engagement bénévole et l’action collective au sein d’une association correspondent de manière de plus en plus évidente aux nouvelles attentes des entreprises vis-à-vis de leurs collaborateurs. Ainsi, les nouvelles organisations de travail amènent les salariés à avoir de plus en plus de responsabilités individuelles, tout en dépendant plus fortement des autres. Cet antagonisme apparent requiert de leur part des savoirs spécifiques, qui sont caractéristiques de l’implication sociale. De manière très grossière, nous pourrions affirmer que les ferments de l’engagement que sont le sentiment de se sentir responsable d’une réalité qui nous dépasse et la capacité à construire une action avec d’autres sont les piliers du nouveau salariat.

D’ailleurs de nouvelles interrogations se font jour sur les difficultés de plus en plus importantes que rencontrent les salariés à s’adapter à ces nouveaux modes d’organisation du travail, et à une exigence de productivité difficile à vivre alors qu’ils ressentent un important isolement. Est-ce que l’engagement associatif ne pourrait pas être un moyen d’aider à rompre cet isolement et en même temps leur permettre d’acquérir des savoirs être utiles pour répondre à cette pression.

De la même manière, il est incontestable, que des compétences professionnelles de toute nature présentent un intérêt évident pour des associations à la recherche de bénévoles.

Ce sont autant de raisons de fond (auquel il est bien évidemment possible de rajouter l’enjeu du financement) qui légitiment que nous travaillions au rapprochement entre entreprises et associations.

Une stratégie à construire pour favoriser un meilleur dialogue et de meilleures collaborations entre deux acteurs qui s’ignorent souvent ou s’affrontent parfois

Le constat fait par le groupe de travail sur cette question peut être résumé en quelques mots : chacun méconnait les autres.

Les responsables associatifs comprennent mal ou pas du tout les enjeux actuels des entreprises et les contraintes auxquelles elles sont confrontées. Ainsi, lorsqu’ils veulent construire des collaborations, ils prennent insuffisamment en compte la diversité des situations et des entreprises, notamment en les assimilant toutes à des grosses entreprises ou alors dont les fonctionnements seraient proches d’une administration. Bref, les entreprises sont trop vite réduites à la simple idée d’un mécène.

Les travaux ont mis en évidence un fait intéressant qui mériterait d’être exploré : les entreprises travaillent plus fréquemment avec des associations peu intégrées dans des réseaux fédéraux et/ou très innovantes. Outre incontestablement la meilleure exposition médiatique qu’offre le partenariat avec de telles associations, il existe surement d’autres raisons à étudier : savoir faire spécifique pour approcher les entreprises, possibilité pour que le rapprochement association/entreprise suscite ou favorise aussi une partie de l’innovation associative, dynamique de type entrepreneuriale pour ces associations susceptibles d’être mieux comprises par des entrepreneurs …

De leur côté, les entreprises ne connaissent pas le secteur associatif. Même, si les exemples de collaborations sont nombreux, nous pouvons constater que les préjugés restent ancrés (associations qui ne savent pas gérer, associations employeurs qui n’en sont plus vraiment, …). De même, rares sont les entreprises qui ont construit de véritables stratégies de partenariats. C’est souvent sous l’impulsion d’un dirigeant ayant un intérêt personnel qu’elles se développent. Il faut noter néanmoins que le développement de la Responsabilité sociétale des entreprises et la prise en compte d’enjeux de développement durable révèlent progressivement de nouvelles opportunités. Cela suscite souvent une volonté d’instrumentaliser l’association, qui elle-même peut être réticente à la base. Les grosses entreprises sont confrontées à la contrainte que représente l’émiettement du monde associatif, ce qui peut les conduire à avoir peur de s’ouvrir au risque d’être submergées par la demande.

Des initiatives sont pourtant nombreuses et se multiplient pour aider à rapprocher ces deux acteurs. Les entreprises ont suscité des structures d’intermédiation (type IMS ou Admical) ou ont structuré, en interne ou en externe, leur relation (service solidarité, RSE, développement durable, ou fondation d’entreprise). Le bilan, fait du côté du monde associatif, reste mitigé. Des consultants, parfois prestigieux (certains diront gourous) ont progressivement investi ce champ pour aider les entreprises à construire des stratégies. Des jeunes entrepreneurs, qui prennent la forme associative ou de société commerciale, créent de nouveaux métiers ou nouveaux services pour favoriser les rapprochements (ex. le Rameau, Co-éthic, …). De son côté, le monde associatif acquiert cette compétence en embauchant des techniciens spécialisés dans le mécénat, en mobilisant de manière plus systématique un réseau relationnel ou en ouvrant directement leurs instances à des chefs d’entreprises.

Finalement, nous pouvons affirmer que les choses bougent, mais que les freins restent nombreux, dont le principal réside dans l’ignorance et la méfiance que les uns ont des autres. C’est sans doute sur cet objet que la Fonda doit pouvoir se mobiliser.

Pour débuter, il faut sans doute identifier des champs d’investigation privilégiés

A partir des expériences évoquées et des rencontres faites, le groupe de travail a identifié toute une série d’enjeux et de thématiques pouvant servir de support au dialogue. A l’image de ce qui a été accompli sur les partenariats entre associations et syndicats, il semble que la meilleure manière d’avancer consiste à choisir des sujets concrets et d’étudier les conditions, les intérêts et les perspectives de collaboration entre les entreprises et les associations. De manière non exhaustive, les thématiques suivantes pourraient faire l’objet d’approfondissement.

Les enjeux de ressources humaines : des échanges fructueux de savoir-faire

Il s’agirait presque d’un truisme. En effet, les bénévoles associatifs sont, seront ou ont été dans leur très grande majorité des salariés. Dès lors, la question est moins de savoir comment organiser les porosités entre les champs associatifs qui existent que de les renforcer au service du secteur associatif.

Nous avons précédemment évoqué que l’engagement associatif constitue un moteur puissant d’acquisition de compétences. Par exemple, l’animation d’un groupe de bénévoles permet incontestablement de renforcer des capacités managériales. D’un autre côté, il n’est plus à démontrer l’intérêt du mécénat de compétences pour aider des associations à renforcer projets et actions.

Les questions pouvant faire l’objet d’un échange avec les entreprises sur ce point sont multiples :

- Comment mieux reconnaître et valoriser, dans le champ de l’entreprise, les compétences acquises dans le cadre d’engagement bénévole ? La sensibilisation des responsables des ressources humaines ne suffit pas. Il semble aussi très important que le secteur associatif travaille davantage sur la VAE bénévole et la « traçabilité » des expériences et compétences mises en œuvre. De même, il faudrait pouvoir engager un travail pour mieux identifier les compétences attendues et pouvant être acquises, afin que les collaborations sur ce sujet s’inscrive davantage dans les stratégies RH des entreprises.

- A contrario, il semble indispensable que le secteur associatif puisse mieux identifier ses besoins en matière de mécénat de compétences, quitte à les mutualiser entre plusieurs structures pour pouvoir travailler plus efficacement avec les grandes entreprises. Il faut sans doute pouvoir réfléchir à l’idée de parcours pour les salariés désireux de s’impliquer dans de tels cadres, ce qui nécessite de construire des passerelles et des partenariats solides entre les entreprises et les associations.

- L’engagement constitue un moteur puissant de motivation et d’adhésion des individus. Or l’évolution démographique et du marché du travail pourrait amener les entreprises à être confrontées à un problème d’attractivité et de fidélisation de leurs collaborateurs. Le ressort salarial contraint par une concurrence internationale accrue impliquera pour les entreprises de trouver d’autres leviers pour susciter adhésion et implication. Malgré les limites éthiques que cette question soulève, il apparaît évident que des collaborations seraient utiles en la matière.

- Enfin, nous pouvons aussi nous demander si un travail ne pourrait être conduit sur les notions de temps sociaux. Le développement associatif et de l’action citoyenne a souvent été porté par la capacité de bénévoles à se rendre disponible aisément dans la journée et en semaine, comme c’est, par exemple, le cas pour les retraités ou les enseignants. Nous pouvons nous poser la question de l’intérêt qu’il y aurait à ouvrir le débat de la conciliation de la vie sociale et de la vie professionnelle.

L’intelligence économique et la R&D

Depuis quelques années, la société civile est devenue un acteur majeur de la communauté internationale. Elle intervient dans les négociations multilatérales sur le commerce ou sur la régulation de certaines activités économiques. Elle suscite des enquêtes et peuvent accuser des entreprises de pratiques contraires aux droits de l’Homme ou portant atteinte à l’environnement. Enfin, les associations sont de puissants moteurs de sensibilisation du consommateur pouvant tout à la fois influer sur son comportement, voire l’amener à boycotter tel ou tel produit.

C’est pourquoi des entreprises, notamment anglo-saxonnes, intègrent la relation avec la société civile dans le champ de l’intelligence économique. Des alliances puissantes peuvent être établies pour travailler à l’amélioration des pratiques de l’entreprise, voire pour faire pression sur des concurrents moins vertueux.

Cette capacité d’intervention intéressante de la société civile réside dans sa spécificité à anticiper et structurer de nouvelles demandes sociales. Dès lors, il est évident que la collaboration doit pouvoir se construire dans une perspective de recherche et développement.

Le développement de l’emploi : un entreprenariat partagé et responsable

La question de l’emploi est centrale dans notre société. Or les passerelles peuvent être utilement construites en la matière. Elles concernent notamment :

- Le développement de l’emploi : de nombreuses activités associatives comme « lucratives » sur les territoires pourraient permettre la création de davantage d’emplois pour peu que des mutualisations puissent être construites (ex. rapprochement de services de transport et à la personne, des clubs sportifs et magasins de sports …).

- L’insertion dans l’emploi de personnes en difficultés doit pouvoir s’appuyer utilement sur la construction de passerelles et de partenariats. Que ce soit dans le domaine du handicap ou celui de l’insertion par l’activité économique, les exemples sont nombreux pour montrer l’intérêt de ces démarches.

- La lutte contre les discriminations dans l’emploi constitue aussi un thème d’action.

- Enfin, nous pouvons nous interroger sur les possibilités de rapprochement sur les questions d’entreprenariat et d’accompagnement à la création d’emplois et d’activités.

S’il existe des spécificités dans les deux champs, nous pouvons aussi nous demander s’il ne serait pas intéressant de multiplier les outils communs et les échanges de pratiques sur ce point. Les initiatives de l’Avise en la matière sont particulièrement intéressantes.

La prise en compte de l’intérêt général : un développement durable à construire

Nous avons vu ci-dessus que cette question est centrale à l’heure actuelle sur le sujet qui nous préoccupe. Son traitement mérite un approfondissement important. Pour ouvrir le débat nous proposons les cinq points suivants :

- Comment faire pour que le marché prenne en compte les publics qui n’y ont pas accès ? Derrière ce problème, il existe de nombreuses approches impliquant de conduire des débats importants : faut-il favoriser l’émergence de produits spécifiques pour ces « consommateurs, ou faut-il leur procurer les moyens d’accéder à certains marchés jugés indispensables ? Les réponses apportées recèlent des enjeux qui ne sont pas uniquement économiques, mais sont bien plus larges, elles déterminent pour une large part le lien social qui se construit.

- Nous sommes en France dans une tradition politique qui réserve le monopole de la définition de l’intérêt général à l’autorité politique et publique. Or, il est devenu évident que nul ne peut s’arroger la représentation ou l’énonciation de ce qui en relève. L’intérêt général est le fruit d’une délibération entre les parties prenantes y compris les entreprises. Nous devons donc naturellement nous interroger sur les moyens de dialoguer (civilement) avec les entreprises et les entreprises sur des enjeux d’intérêt général.

- Le capitalisme actuel se caractérise à la fois par une financiarisation et une prégnance du court terme. La relation avec le secteur associatif peut devenir déterminante pour aider les entreprises à « relever la tête » et à voir plus loin. Construire des passerelles, favoriser les tensions et les rapports de force, c’est sans doute réinjecter du long terme dans notre modèle économique.

- Par ailleurs, le marché des particuliers est souvent par nature dissymétrique, avec des consommateurs isolés et des producteurs possédant de puissants moyens d’information et de communication. Cette inégalité suscite de nombreux dysfonctionnements, déséquilibrant la relation d’échanges et suscitant de l’inefficacité au regard même des tenants du libéralisme. L’action collective (de consommateurs, des petits actionnaires, …) constitue alors un outil important non économique de rééquilibrage.

- Enfin, dernier point sur ce sujet, il est évident que l’activité de la plupart des entreprises produit des externalités et notamment des « attaques » du tissu social, de l’environnement, … Le retrait de l’État peut avoir pour effet de limiter leur prise en compte dans le processus de production. Or il est rare que les entreprises soient « hors sol » et qu’elles ne dépendent pas de la qualité du substrat social et territorial qui les nourrit, soit pour produire, soit pour vendre. Favoriser la capacité du tissu social à résister aux agressions et à exiger la prise en compte économique des effets induits par l’échange, c’est créer la contrainte sur les entreprises qui déterminent la qualité future de leur ancrage. Bien évidemment, ce propos met en évidence ses propres limites notamment sous l’effet de la mondialisation et des possibles délocalisations. Ceci justifie sans doute la préservation d’une régulation publique, notamment du commerce international.

La communication

Les échanges du groupe de travail ont mis en évidence la place centrale qu’occupent les enjeux de communication dans les partenariats entre associations et entreprises. Passage obligé, qui justifie souvent la décision des dirigeants d’entreprises, c’est aussi le moyen incontournable pour permettre à la collaboration de produire le maximum de ses effets (en interne et en externe). Elle génère aussi les plus grandes appréhensions pour les associations qui peuvent y voir une forme d’instrumentalisation et corruption de leur projet, valeurs et images. C’est pourquoi il pourrait être utile de travailler sur les bases d’un partenariat équilibré en la matière (par le biais d’une charte) et pour aider les associations à mieux saisir les contraintes et les opportunités en la matière.
Pour les grandes entreprises, il peut aussi se poser la question de ne pas pouvoir s’appuyer sur des partenaires d’une notoriété suffisante pour donner un impact significatif à leur communication, notamment en raison du fort émiettement du monde associatif. Il serait peut être utile de réfléchir aux mutualisations possibles sur ce sujet également.

Le financement : le mécénat en perspective

Dernier sujet important, la question financière. L’incitation forte de l’État faite aux associations de rechercher de nouvelles ressources les amène à se poser la question du mécénat. Confrontées à l’inexpérience des entreprises (qui progressent pourtant à une vitesse phénoménale sur ce sujet), nombre d’associations peinent à construire une stratégie et vivent souvent de fortes désillusions. De leur côté nombre d’entreprises privilégient encore trop souvent des partenariats de courte durée ou uniquement sur de l’investissement répondant insuffisamment aux besoins du secteur associatif. Parmi les questions proposées pour l’instant au débat nous pouvons cibler :

- La possibilité de développer des espaces d’intermédiation ?

- Différencier les approches en fonction de la nature des entreprises (grandes, petites …)

- Comment développer des partenariats de long terme gagnant-gagnant ?

- Le rôle et la place des fondations dans ce schéma

- Etc…

Un mode opératoire et des alliances à construire

Pour avancer sur ces sujets, le groupe de travail a identifié quelques points d’attention :

- Il semble indispensable de pouvoir identifier et analyser des bonnes pratiques en la matière

- Il conviendrait de conduire des comparaisons internationales

- Proposition d’étudier la possibilité de s’appuyer sur un travail de recherche, éventuellement dans le cadre du dispositif CIFRE (partenariat possible avec la CDC ?)

- Veiller à inviter l’ensemble des parties prenantes, et notamment les syndicats de salariés.

- Engager un dialogue avec les instances représentatives des entreprises : Medef, CGPME, UPA, chambres consulaires

- Prendre en compte les dimensions de développement territorial, et subséquemment le lien avec les collectivités territoriales dans le cadre de leur intervention économique.

Partager cet article

Un message, un commentaire ?
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?